MONKEYBIRD CREW, de l’archétype à l’artisanat ou comment réconcilier l’esprit et la matière...


Le crew MonkeyBird présente sa première exposition solo à la galerie Sisso à Paris : ARCHÉTYPES. L’occasion pour nous de découvrir leur univers.

L’archétype est un système de représentations et de symboles. On retrouve les mêmes symboles au cours du temps par un jeu de transmission, d’échos, de mimétisme ou de réinterprétation. Chaque religion, science ou civilisation a utilisé des symboles pour répondre aux problèmes de l’Humanité. L’archétype est ce qui pré-existe, c’est le socle de notre société. Voici en substance comment le crew MonkeyBird définit ce terme.

Le crew MonkeyBird s’inspire de l'iconographie religieuse et sacrée mais aussi des sciences ancestrales, comme la géométrie, l'astrologie, la physique et la chimie, qui ont délimité le monde de l’esprit et de la matière. Pour les MonkeyBird, il s’agit des fondements de notre civilisation. Or ce socle est souvent représenté de manière fragile dans leurs dessins, comme un avertissement sur les fondations de notre société.

Ce que cherchent aujourd’hui à faire les MonkeyBird, c'est de transposer un idéal symbolique au travers de leur art.

Leur archétype repose sur un système de représentation binaire : l’oiseau et le singe.

le crew m'explique la signification de ces deux symboles :

« L’oiseau représente la partie rêveuse, la projection abstraite. L’oiseau a plein de visages. Chaque espèce représente une facette de l'humanité. Dans le Soufisme, l’ouvrage « Le Cantique des Oiseaux », met en scène les multiples espèces d'oiseaux, à la recherche d'une même destinée. Ce conte représente la quête individuelle de l'homme, tiraillé entre les différents fragments de sa personnalité.

Le singe, lui, personnifie l’homme car il a le même schéma corporel. Industrieux ou avisé, Il symbolise l'agilité et le rapport à la matière, le faire. Les tableaux du XVIIIème « les singeries » avaient pour but de parodier la bourgeoise humaine ou tout simplement l’homme. Le symbole du singe est complexe, Si les chrétiens le considèrent comme une caricature de l'homme, on le retrouve glorifié en Asie.»

L’archétype des MonkeyBird consiste à réconcilier ces deux éléments, c’est-à-dire le monde de l’esprit et de la matière.

La réconciliation permet également de suggérer un troisième élément, souvent incarné par une rosace ou une ornementation. Selon ces artistes : « Les deux éléments réunis suggèrent un troisième élément qui est l’homme. C’est ce que suggère par exemple la Trinité de la religion Chrétienne. »

Pour le crew MonkeyBird, « L’artiste a la nécessité de réconcilier, de passer un message au même titre que la religion donnait un guide aux gens. Aujourd’hui, nous vivons dans un pays laïc depuis déjà deux siècles. Nous essayons de traduire l'omniprésence du sacré à travers l’art !!! »

Les membres du crew résument « Tout notre travail consiste à trouver les sens et le potentiel opératoire du symbole pour finalement le travailler en tant que matière. »

Louis et Edouard, les deux membres du crew sont arrivés naturellement à cette création. Âgés de 26 et 25 ans, ils se sont rencontrés en école d’art à Bordeaux.

Louis étudiait le design graphique, l’image, et Edouard le design produit : l’outil. Ils sont aussi différents et complémentaires que leurs symboles. C’est toute la créativité et l’exigence de leur duo. « Nous nous sommes retrouvés car Edouard cherchait une évolution de son graffiti et moi un cadre et une identité. Les symboles sont arrivés naturellement à nous, par notre inconscient. Notre démarche n’était pas aussi intellectualisée au début. C'était avant tout un besoin instinctif. » raconte Louis.

Les MonkeyBird travaillent le pochoir en noir et blanc depuis trois ans et demi. Au tout début, ils faisaient des pochoirs avec des silhouettes en couleurs.

Les MonkeyBird me font part d'une très belle référence « Baudelaire disait que le dessin est un travail de philosophe tandis que la peinture est un travail de poète. »

Le crew explique « Nous avons cherché la synthèse dans le noir et blanc avec une intention traditionnelle. Nous nous sommes inspirés de la gravure du XIXème siècle. Nous avons cherché à complexifier au maximum notre pochoir pour avoir un style unique. »

Pour les MonkeyBird, le pochoir est un outil et un médium pour travailler l’image. Finalement, leurs oeuvres ne sont que des empreintes de leur art. Leur oeuvre d’art est vraiment le travail du pochoir et de la matière.

Leur travail évolue. « Nous avons envie de durer et de ne pas lasser les gens. Mais nous voulons évoluer sur cette piste qui nous correspond » observent-ils.

D’une représentation figée de symboles, ils ont travaillé la scénographie et ont apporté des paysages et de la perspective derrière leurs sujets. Ils travaillent aussi sur des supports de plus en plus grands et de plus en plus variés.

Ils expliquent « Nous avons choisi le pochoir car nous pouvons le poser n’importe où.»

Travailler dans la rue est fondamental pour les MonkeyBird. C’est ce qui a construit leur identité. Ils racontent « Nous avons un rapport direct avec les gens. Nous ne voulons pas tomber dans le grand public mais nous voulons rester accessible. »

La rue permet de diffuser des images gratuitement. Louis s’exclame « Aujourd’hui, la révolution des moyens de communication ne réside plus dans l'imprimerie en elle-même, mais au sein des méthodes de diffusion dans le domaine public, qui viennent par la suite se retranscrire sur écran, malheureusement les marques commencent à s’approprier cette dimension du street art. »

Les inspirations des MonkeyBird se trouvent dans le monde occidental, les bases latines et grecques.

À Paris, ils ont choisi le quartier de Montmartre. Peux eux, c’est le Paris Hausmanien typique, entre l’esthétique et l’efficacité. L’ornementation urbaine est une grande source d’inspiration.

Ils sont également allés en Inde récemment. « Nous sommes allés en Inde pour y travailler en toute humilité. Nous ne sommes plus de la génération de nos parents qui ont recherché un mysticisme en Inde, une pop culture comme dans les années 70s. Nous ne nous sommes pas dit nous allons changer le monde. Nous avons attendu qu’on nous montre, nous avons posé des pochoirs dans des quartiers prolétaires. C’est un pays décousu. Il nous faudra un peu de temps pour assimiler tout cela. »

Après cette préparation d’exposition, Louis retourne un peu à Bordeaux. À son retour à Paris il arpentera avec Edouard les rues la nuit pour faire naitre leurs symboles sur les murs !

Alors ouvrez bien les yeux !

Et Dépêchez-vous pour aller voir leur exposition à la Galerie SIsso qui se termine le 29 août !!

le lien vers la galerie où ils sont exposés

le lien vers leur page facebook

Léa Perrot-Minot

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