Rero, HORS-SOL ou comment réconcilier le dehors et le dedans ?

À l'occasion de l'exposition de l'artiste Installations Hors-Sol dans le 20ème au pavillon carré de Baudouin, je vous propose une visite guidée de l'exposition par l'artiste.

Rero vient du graffiti mais a décidé un jour de s’en éloigner et de trouver son propre langage qui est une police verdana barrée.

Rero utilise d’abord une barre fine, presque pour lier les mots, puis épaissit son trait, qui devient aussi gros que sa taille de texte, pour surligner et questionner. Le mot devient polysémique.

L’objet de l’exposition HORS-SOL est de questionner nos limites et notre rapport à la nature. « Nous vivons déconnectés de notre milieu naturel, de manière artificielle avec des palliatifs. »

« Je cherche à créer en intérieur des sensations que je peux ressentir dans des lieux abandonnés ou en pleine nature. Des sensations que je ne peux pas transmettre visuellement ou palper mais retransmettre par le questionnement. » introduit Rero.

Première salle et premier pas vers le questionnement avec le texte de F.W. Schelling : « Comme il est dur que ni le dedans ni le dehors ne nous suffisent quand si peu sont capables de les réunir tous deux en eux-mêmes. »

Des plantes sont en suspension dans des pots d’où jaillit ce texte. Il s’agit de la seule salle où les objets sont en suspension sans contact direct avec le sol. Mais l’artiste précise : « J’ai choisi des pots un peu agressifs, qui par leurs ombres au sol apportent des formes un peu animales, comme des méduses ou des virus ».

La deuxième salle présente une vidéo avec deux écrans : l’un présente des pigeons en train de manger un mot, et l’autre présente d’autres pigeons en train de regarder du haut d’un toit.

Cette mise en scène est inspirée de l’oeuvre « Du pain et des jeux » de César.

Le mot est le mot VULTURE (vautour en anglais) qui, au premier coup d’oeil dans la vidéo, ressemble au mot culture. Les pigeons sont-il en train de manger le mot culture? Sont- ils en train de se conduire comme des vautours? Que reste-il de la culture dans l’espace public?

Vidéo réalisée par Jules Hidrot

Pour cette vidéo l’artiste a placé des graines sur la place de Bordeaux à 6h du matin.

Ensuite, nous montons un escalier, et le long de cette coursive, l’artiste nous présente son travail en interaction directe avec un contexte. Pour Rero, « La photo n’est pas l’oeuvre d’art, mon art c’est le mot, mais le plus important est sa capacité à interroger le contexte. »

Le premier tableau NATURE MORTE montre un mot en bois installé dans un champ de lin. Ceci est un clin d’oeil à la peinture classique qui peint sur une toile de lin. L’artiste nous questionne ainsi : « La nature est-elle vivante? Faut-il la transformer pour la représenter? A-t-elle besoin d’un être humain pour être décrite comme nature? C’est l’homme qui a créé le concept de nature vivante. La nature n’a pas besoin de nous pour exister. »

Le second tableau est un lac TOURMENTE. Il s’agit d’un lac asséché. C’était auparavant un lieu de villégiature prisé des touristes en Californie mais le sel a anéanti la vie.

Puis nous quittons la nature pour entrer dans des lieux plus institutionnels.

Une collaboration avec l’artiste chinois Liu Bolin qui se camoufle devant la Déclaration des Droits de l’Homme. Cela pour dénoncer la censure. « Ici on passe devant le tableau sans le voir. Il n’y a pas d’espacement entre les mots et cela rend la lecture difficile. » nous fait remarquer Rero.

THE SYSTEM HAS FAILED a été réalisé lors de la perte de la notation AAA de la France. Rero ironise « Nous pouvons également lire AAA comme une blague Hahaha ». Il s’agit de réfléchir à comment faire face à la crise avec des propositions artistiques et humoristiques.

JE VOUS ATTENDS DEHORS est une réalisation de l’artiste dans les jardins du macval. Rero explique « Je souhaite intervenir sur des supports qui ne sont pas conçus pour recevoir une oeuvre : une coursive, dans un parc... »

L’exemple le plus flagrant est DO NOT CROSS THE LINE réalisé au centre Pompidou. Cette oeuvre questionne également le rapport entre l’intérieur et l’extérieur car on la voit dans les deux cas. Rero raconte : « L’intérieur, le privé, c’est ce qu’on a envie de garder pour soit. Ici je montre au public l’intérieur. »

Puis dans des lieux abandonnés ... avec IS YOUR CHILD A TAGER : une photo montrée à Confluences la première fois. « Le seul tableau avec un point d’interrogation même si la barre suffirait » confie l’artiste.

SUPERVISED INDEPENDENCE est un écho directe au conflit au Kosovo. Cela signifie, pour Rero, « Vous êtes libres mais supervisés. On contrôle votre liberté. »

l’artiste a élaboré tout un travail sur l’oxymore. Il observe « Toutes les problématiques de notre époque sont des oxymores : décroissance positive, commerce équitable, sobriété heureuse. À l’école on nous apprend que c’est, soit noir, soit blanc, mais on se rend compte qu’il faut composer avec des extrêmes et qu’il y a a du sens dans la contradiction. »

J’AURAIS PREFERE UN MUR BLANC PLUTOT QUE CETTE AFFICHE DE MERDE est une oeuvre réalisée sur le mur Oberkampf en 2009. Rero explique « L’intervention du public est importante pour voir comment les gens réagissent ».

DEGAGE : au moment de la Révolution Tunisienne, des artistes ont investi un immeuble qui allait être détruit pour rendre hommage à toutes les révolutions dans le monde. Pour l’artiste « Ce message a été interprété de manière assez ambiguë. Au moment du « Casse-toi pauvre con » de Nicolas Sarkozy, le gens pensaient que je voulais que Sarkozy parte. Les gens de l’immeuble le prenaient également contre eux car il s’agissait d’un immeuble qui allait être détruit et il y avait beaucoup de squatteurs. Tout le monde le prenait pour lui. Nous avons remis le drapeau tunisien pour re-contextualiser. »

WE ARE SORRY BUT THIS IMAGE IS NOT AVAILABLE : à Los Angeles. Rero raconte « Il y a de la publicité partout. Ici on revient à mon travail de départ qui est l’opposition à l’image. Ecrire un texte barré dans une interaction avec le contexte créé une nouvelle image. »

L’artiste, en nous emmenant des dans des lieux abandonnés, nous fait remarquer « Il est rare de se retrouver dans des lieux abandonnés. C’est comme l’oeuvre street art, on voit des photos mais il très rare de se retrouver en frontal. »

DECADENCE est en référence au décadence de Gainsbourg.

NO SUBSTANCE : lieu chargé d’histoire où Hitler a subit un séjour.

NOT FOUND : est-ce que j’ai trouvé ma religion ou non?

Puis nous montons à l’étage et découvrons deux salles

Une première sur la gauche où la lumière vient du sol avec des lampes de chevet. Des textes découpés, comme sortis du broyeurs jonchent le sol. De grand panneaux verticaux présentent également des morceaux de textes.

L’artiste explique « Il s’agit d’un manuscrit qui n’a jamais été publié. On l’a retrouvé rempli de ratures. Il était intéressant de le faire résonner dans cet espace intime. Il s’agit de faire ressentir le mot qui est là mais qu’on ne peut pas vraiment palper. »

La dernière salle nous propose un chemin. Rero confie « C’est un clin d’oeil au GR qui nous oblige à suivre un chemin dans un espace libre. Il faut avoir ses propres codes pour le suivre : avoir une carte, un langage. »

Sur le mur, un texte est barré mais chaque lettre est inversée : BEAUTIFUL FOR THE WRONG REASON. L’artiste nous questionne sur son travail : « Est-ce qu’on trouve beau mon travail pour la bonne raison? »

Pour Rero, le plus important est d’interagir dans un contexte, de nous questionner et ne pas nous offrir une oeuvre esthétique mais bien une oeuvre qui ouvre au questionnement.

Et vous, aimez-vous cet article pour la bonne raison? Si oui, allez vite visiter les installations HORS-SOL de Rero au pavillon carré de Baudouin.

Léa Perrot-Minot

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