Pascal Bruandet, rendre les gens beaux

Mais qui sont ces personnages que Pascal Bruandet colle sur les murs de Paris? Parfois ils nous regardent et parfois ils semblent pris dans leur quotidien. A la manière d’un arrêt sur image ils nous interpellent. Nous trouvons quelque chose de bizarre là dedans mais nous ne savons pas vraiment quoi.

Photographie, dessin et collage

Pascal Bruandet utilise les trois techniques de la photographie, du dessin et du collage pour parvenir au résultat que nous admirons.

De formation artistique classique, Pascal Bruandet s’était tourné vers l’abstrait. Il revient à ses premiers amours grâce au milieu associatif. ll a animé pendant 10 ans des ateliers en prison. C’est lors de ces ateliers qu’il dessine les prisonniers et que le portrait devient une réelle vocation.

Mais le dessin n’est pas le seul outil de l’artiste. En préambule de son travail de dessinateur, il réalise des « reportages photos » dans lesquels il saisit des expressions, des visages, des gueules. Touristes, habitants des bourgs voisins, spectateurs, passants... deviennent les sujets de l’oeuvre de Pascal Bruandet.

La rue comme principal médium

Pascal Bruandet est de la génération d’Ernest Pignon-Ernest et il s’est mis au collage pour créer une interaction entre l’image et sa perception. La rue est le meilleur médium pour cela.

Originaire de l'Oise où il a vécu pendant 25 ans, Pascal Bruandet s'installe à Montmartre en 2015. C'est pour cela que nous trouvons beaucoup de ces oeuvres dans Paris intra-muros, et Montmartre plus particulièrement.

Des artistes qui ont pour quasi seul territoire d’expression la rue, on n’en trouve plus autant que dans les débuts du street art. Pascal Bruandet reste fidèle à son parcours « hors commercial » comme il le dit si bien.

Il aime transporter ses personnages dans un environnement qui fera changer la perception que l’on pourrait en avoir. Originaire de l’Oise, il s’est inspiré des habitants d’un bourg voisin qu’il a eu envie d’expatrier à Paris avec sa première série de collages « Anti-casting ». Il colle cette série dans le Marais et dans la Goutte d’or. Deux extrêmes qui n’ont pas cessé d’alimenter les interprétations des habitants.

Le rôle des personnages

Dans ses collages, Pascal Bruandet nous présente deux types de personnages. Ceux qui nous regardent et ceux qui passent.

Ceux qui nous regardent nous interpellent car ils ont eux-mêmes été interpellés par le photographe. L’artiste a su capter cet arrêt sur image.

La série « Mille milliards de photos » met en scène des touristes en train de prendre en photo Paris. Bruandet s’amuse à les prendre dans les positions les plus improbables, par exemple quand un père de famille essaye de prendre en photo à la fois Notre-Dame et sa petite famille devant.

Ses endroits de prédilection sont les endroits touristiques comme Montmartre ou l’esplanade du Trocadero dans lesquels il pose également ses collages. Il aime prendre en photo les touristes dans leurs mouvements désarticulés. En découle un effet miroir qui nourrit beaucoup l'artiste.

Les personnages qui ne nous regardent pas sont comme saisis dans leur quotidien, sur un marché, pendant un repas d’ancien ou tout simplement sur une place. Ils sont souvent en contraste direct avec le lieu dans lesquels les place l’artiste.

Par exemple avec sa série « 2,5 millions de dinde », l’artiste a littéralement transposé dans Paris les portraits d’habitants d’un village de l’Oise. Il les a pris en photos en train de manger à un repas d’anciens de Noël

L’audace Marseillaise

Sa dernière série ne nomme « Salade Marseillaise ». Il est allé photographier les passants sur la canebière et les a assemblé, dé-assemblé. Pour créer un personnage, il a utilisé trois personnages en empruntant à l’un le visage, à l'autre le tronc et à l’autre les jambes. En résulte comme il le dit des « trans » mais sur tous les plans : culturels, sexuels...Ces personnages ne nous regardent pas, ils passent sans nous interpeller. Ils nous traversent presque en nous laissant échapper leur différence.

Ce qu’il aime le plus c'est trouver le lieu qui saura recevoir son oeuvre et parfois il n’y a pas à hésiter, même quand le support se trouve derrière l’hôtel de police en plein vieux port de Marseille. Et cette audace il l’a eu en collant ses portraits en plein jour avec des rondes de policiers qui n’ont pas osé le déranger. Ces portraits de gueules cassés d’ anciens combattants de guerre sont collés sur l’ancienne infirmerie de guerre... un contre-pied assumé avec la série « anti-commémoration ».

Décidément cet artiste a de quoi perturber l’espace public. Il fait changer notre perception en prenant le contrepied des évidences. Il donne la part belle aux anonymes, aux gueules cassées, aux défavorisés et aux différentes cultures et arrive à les rendre tout simplement beaux.

Léa Perrot-Minot


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