SHAKA, construction déconstruction

Quand on se retrouve face à l’oeuvre de l’artiste Shaka, on est souvent totalement bouleversé. Il y a quelque chose de puissant qui se dégage et qui fait écho soit à nos forces soit à nos faiblesses.

Les oeuvres de Shaka représentent en effet des personnages qui subissent les épreuves de la vie, ils ont une stature forte, une géométrie mais en même temps ils sont détruits. On se prend leur faiblesse en pleine figure.

Et c’est ce que l’artiste a voulu faire avec sa série Les Boxeurs. Il dessine des boxeurs au moment où ils reçoivent l’impact sur leur visage. Nous les voyons à ce moment précis de souffrance et d’encaissement.

L’oeuvre de l’artiste se construit ainsi. Il y a d’abord le côté structurant de l’oeuvre, d’un portrait rigide, géométrique puis il y a la déconstruction que l’artiste opère. Il décompose sa propre géométrie, casse les ligaments qui tiennent ses personnages. Nous distinguons leurs abymes.

la géométrisation de l’oeuvre

Shaka a un parcours artistique classique, il a réussi avec brio des études d’arts plastiques à la Sorbonne. Il a pour inspiration l’art occidential, les classiques et notamment les figures grecs.

Il est très proche de la composition classique dans ses dessins. Il dessine ses personnages comme des dieux grecs avec une stature affirmée. Mais il a voulu montrer que l’être humain n’est pas que force.

Il a ainsi travaillé au départ le dessin des muscles et des nerfs un peu comme des décharnés. Cela apportait de nouvelles lignes à ses dessins et lui a donné l’idée de géométriser ces lignes. A partir de ces lignes le corps va se géométriser et se mouvoir.

Les personnages deviennent des entrelacements de lignes. Puis l’artiste va déconstruire cette géométrie pour laisser apparaitre des vides, des déconstructions. l’air peut passer au travers des corps.

L’artiste parle d’ondes. comme des ondes qui viennent reconstituer le corps.

Les gueules cassés

L’artiste s’emploie à déconstruire ses personnages pour les montrer à un moment précis de souffrance. Comme les boxeurs qui reçoivent l’impact. Dans ses compositions avec plusieurs personnages, il y en a toujours un que l’on remarque plus, qui subit plus que les autres, qui est entrainé et qui n’a pas le choix. Il exprime sa souffrance, est souvent dans un déséquilibre mais en même temps il s’accroche au mouvement des autres.

Shaka aime beaucoup le mythe de Sisyphe : les personnages sont dans un mouvement régulier, ils recommencent mais en même temps ils expriment une envie de ne pas reconnemcer.

Sa série sur les bas-reliefs montrent des personnages qui sortent de la toile. La géométrie est en suspens.

l’influence du graffiti

Shaka s’est fait connaitre avec le graffiti. Pour lui c’était un nouveau terrain d’expérimentation : le long des autoroutes, dans les terrains vagues dans les années 70. C’était pour nourrir son travail en atelier. Et c’est comme ça qu’il a commencé à se faire connaitre.

Après 6 année d’enseignement dans l’art plastique, il réalise enfin ce à quoi il était destiné.

Son travail sur les couleurs est directement lié au graffiti au départ. Ses premières oeuvre sont très colorées. Puis il nuance sa palette pour aller vers des couleurs plus naturelles. Il travaille beaucoup sur les nuances de gris. Parfois un violet foncé, un bleu turquoise mais toujours dans la nuance.

Le graffiti lui a permi d’avoir plus de maturité dans son travail. A 25/28 ans il ne sentait pas capable d’accoucher d’une toile. A 40ans, il se décrit comme un jeune artiste. Sa peinture il la voit comme un mélange des genres. Il ne se décrit pas comme street artiste ou graffeur. C'est comme dans le hip hop, aujourd’hui il a énormément changé, il emprunte même des éléments à la danse classique.

Aujourd’hui il est représenté par la galerie Lazarev et participe régulièrement à des projets en extérieur. Il a fabriqué une sculpture géante pour la réserve Malakoff, il a participé à la peinture en intérieur d’un loft. Il vient de recevoir le prix de la fondation Charles Oulmont. Il a réalisé un mur pour le festival de street art à Evry, d’où il est originaire. Il est également sélectionné par la mairie de paris pour réaliser un mur en extérieur.

L’artiste Shaka n'a donc pas fini de nous suprendre par la pluralité de ses interventions.

Son prochain projet une sculpture appelée construction déconstruction qui par un mécanisme automatique se monte et se démonte.

Léa Perrot-Minot


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